Le 18 novembre de la même année, au cours d’une journée de travail ordinaire, la porte de son engin se referme brutalement sur lui et Morsli Saïd perd un doigt, il est emmené aux urgences où il subira une intervention chirurgicale.
La direction s’empresse alors de le ramener à l’infirmerie d’Arcelor, en fin de soirée, au moment où il espère rentrer chez lui. Celle-ci, selon le témoignage de l’ouvrier, tente de récupérer son dossier médical, ce qu’il refusera, et lui propose alors « un arrangement » : son chef d’atelier lui explique que s’il accepte de faire passer son accident du travail en maladie, il pourra garder l’intégralité de sa prime. Dans le cas contraire lui et tous ses camarades perdraient leurs gains. De sources syndicales, cette pratique est loin d’être rare. La direction s’efforce apparemment régulièrement de camoufler, sous la menace, les accidents du travail qui ont lieu dans son usine.
Résistant à la pression de sa hiérarchie, Morsli ne cède pas, et est mis en arrêt de travail pour 5 mois. À son retour, alors qu’il est déclaré apte à reprendre le travail, son permis de conduire lui est retiré et la direction souhaite le contraindre à redevenir accrocheur. L’ouvrier s’oppose à ces mesures abusives. Il entame une grève de la faim. On le menace d’appeler la sécurité, la police, et les urgences. Il est conduit de force à l’hôpital sous le motif qu’il aurait des tendances suicidaires. Ses supérieurs tentent de le faire interner dans un hôpital psychiatrique, avec la complicité d’un médecin du travail, ce à quoi il s’opposera, répétant qu’il n’est « ni malade, ni fou ». Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Sa hiérarchie lui impose ensuite deux jours de sanctions disciplinaires pour « refus d’exécution des ordres ». Ne sachant plus quoi faire, il s’adresse aux délégués syndicaux de son usine et fait appel à un avocat. Une procédure judiciaire aux prud’hommes devrait être engagée. L’affaire suit son cours.